Hommage aux Fusillés du Bouguen

Il y a 70 ans : libération de Brest
samedi 20 septembre 2014
par  Parlons-en !
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JPEG - 1.9 Mo Dans le cadre des commémorations du 70e anniversaire de la libération de Brest, Patricia Adam, députée, Bernadette Abiven, adjointe au maire, Jacqueline Here, maire adjointe de Bellevue, Marc Coatanea, conseiller municipal délégué aux anciens combattants, Hans-Werner Tovar, président de la ville de Kiel et Jean-Claude Martin, président de l’UNC grand Brest ont rendu hommage aux fusillés du Bouguen et déposé des gerbes devant la stèle située dans l’enceinte de l’UBO.

Le texte ci-dessous a été lu par Roger Pierre Berthelot fils de Pierre Berthelot, Chevalier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre 39/45. Responsable de la direction des opérations armées des Francs Tireurs et Partisans Français (FTPF) pour le Sud Finistère, avec Jean Louis Prima et Pierre Corre, fusillés en 1943. Torturé à la prison de Pontaniou à Brest, il nia farouchement toute participation à la Résistance. C’est lui qui approvisionnait en dynamite ses camarades brestois dont nous allons saluer la mémoire, tout à l’heure, au jardin des 19 fusillés du Mont Valérien. Chaque envoi arrivait à la gare de Brest, "en bagage accompagné", le ticket de retrait était mis dans une enveloppe attachée au bagage portant le nom du destinataire. C’était, en général, 50 kilos de dynamite, 2 valises de 25 kilos chacune ! Les FTP ont fait la plupart de leurs attentats à l’explosif avec cette dynamite. Déporté le 24 janvier 1943 au camp de concentration nazi de Oranienburg-Sachsenhausen, puis de Dachau, dans le même train que Danielle Casanova, Marie Claude Vaillant Couturier (qui témoigna au procès des criminels nazi à Nuremberg) Charlotte Delbo et 230 femmes venant du fort de Romainville. Leurs 4 wagons furent détachés à Halle, et dirigés vers Auschwitz. Le train des 1600 hommes continua vers Berlin.

Je suis aussi le petit fils de Louis Berthelot, Officier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre14/18 et 39/45... amputé d’une jambe en 14/18. Déporté Résistant au camp de Buchenwald. Après l’arrestation de son époux et de son fils aîné, la naissance d’une petite fille le 22 juin 1941, jour de l’attaque par les armées nazies de l’Union Soviétique, l’URSS, ma grand mère, ses 2 autres fils, avec un courage qui fît l’admiration de tous leurs camarades, continuèrent la lutte dans les rangs des FTP jusqu’à la Victoire pour que VIVE LA FRANCE !

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  • Hommage aux fusillés du Bouguen

La Gestapo, sentant le vent de la défaite en ce début d’année 1944, procédait un peu partout à l’arrestation et à la déportation des chefs et des membres des réseaux et de résistance. Les armées alliées accentuaient leur avance. Les maquisards bretons, suivant les ordres reçus, harcelaient partout l’armée allemande en déroute.

A la suite d’on ne sait quelle dénonciation, la GESTAPO arrêtait dans la journée du 27 juin 1944, la plupart des chefs et plusieurs membres des réseaux de résistance “OCM”, “Century” et “Défense de la France” de Saint-Pol-de-Léon. En tout 18 patriotes saintpolitains tombaient dans les griffes de la Gestapo.

Ils étaient d’abord conduits sur Morlaix, où certains subissaient déjà les premiers coups des tortionnaires nazis pour essayer de les faire avouer et dénoncer les noms de leurs camarades de résistance.

Les dernières nouvelles reçues par leurs familles parvenaient ensuite de Brest. Pendant des mois et des années c’était en fait le silence complet sur leur sort.

En juin 1962, au moment de la construction de l’IUT qui s’élève derrière nous, des ouvriers découvraient une fosse refermant de nombreux ossements. Grâce à certains objets personnels trouvés parmi ces ossements, on arrivait à identifier les restes, grâce à leur alliance notamment, comme étant ceux des résistants sainpolitains, mêlés à ceux de résistants brestois. C’est donc non loin d’ici, dans les douves de la prison du Bouguen dont les Allemands avaient pris possession dès l’été 1940 et où ils avaient dressé les poteaux d’exécution, que s’est achevé le combat de ces héros. Leurs corps furent ensuite enterrés pêle-mêle quelque-part dans le champ de tir proche de la prison, là où nous nous trouvons.

Selon Guy Caraes, c’est très probablement faute d’avoir pu constituer à temps un convoi susceptible de quitter Brest avant que les Américains n’y mettent le siège qu’un commandant allemand (non identifié à ce jour) a donné l’ordre de « liquider » les 52 prévenus de l’enclave de Pontaniou, arrêtés depuis la fin du mois de juin 1944 et, donc, en attente de jugement. Les 52 personnes seront toutes fusillées sans autre forme de procès au Bouguen. Parmi elles, les résistants brestois Viaron, Hily et Kervella, membres du corps francs “Défense de la France”.

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Voici un extrait d’une lettre qu’écrivit le curé Franz U. Eich, relatant les derniers instants de ces 3 résistants fusillés en cet endroit :

“Le 9 juin, vers 22h, je me rendis à la prison de Pontaniou où un inspecteur annonça en ma présence que l’exécution aurait lieu le lendemain matin. On assura à ces hommes qu’ils mouraient en francs-tireurs pour leur patrie et non comme des criminels. (…)

Vers 5 heures, à l’aube, je retournai dans la prison afin d’assister les prisonniers à leurs derniers moments. Ces hommes marchèrent avec dignité à la mort. (…) Ils furent exécutés l’un après l’autre au stand du plateau du Bouguen. Yves Hily fut amené le premier tandis que les autres attendaient dans une cellule voisine. Hily était grave mais il resta debout jusqu’au dernier moment. Avant que la salve meurtrière en fut tirée, il saisit ma croix et la baisé avec une émouvante tendresse. L’ordre de faire feu retentit et c’est en prononçant les mots de “liberté, égalité, vive la France, adieu mes parents” qu’il mourut. Puis Gaston Viaron fut emmené sur le lieu d’exécution. Lui aussi eut une attitude parfaite. Il s’avança sans peur et le regard droit. Lui aussi est mort en héros. Julien Kervella mourut le dernier tout aussi héroïquement. Non seulement il se montra vaillant, mais il garda jusqu’à la fin une expression joyeuse comme s’il était sûr de la victoire. Il s’avança souriant et courageux. Sur son désir, comme ce fut aussi celui de ses camarades, on ne lui banda pas les yeux. Il me remercia en termes simples et chaleureux, se signa et entra dans la mort avec un calme admirable.”

Tous ces chefs ou membres de la résistance sont morts sans avoir connu l’allégresse de la Libération pour laquelle ils avaient pourtant tant lutté et fait le sacrifice de leur vie.

Le sacrifice de ces 23 hommes fusillés ici n’a pas été vain. Il nous permet de vivre aujourd’hui dans un pays libre, dans une Union européenne où les droits de l’Homme ne sont pas un vain mot. Que les jeunes générations méditent quelquefois sur leur sacrifice.