Le traitement des eaux de pluie

jeudi 4 avril 2019
par  H. Despré
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Historique du système d’évacuation des eaux

Le premier système d’assainissement a été développé à Londres en 1830 pour contrecarrer l’épidémie de choléra. Les Anglais ont identifié alors que la problématique venait de l’eau qui était le vecteur de la maladie. Ils réfléchissent à une solution simple qui consiste à évacuer au plus loin et au plus vite de la ville toutes les eaux. Ils n’ont pas encore identifié de quelle eau cette maladie vient. Ce n’est qu’au 19e-20e siècle qu’on apprend que les germes pathogènes viennent essentiellement des matières fécales. Les Anglais construisent donc le premier réseau d’égout, si on fait abstraction des Romains et de leurs aqueducs (qui apportaient l’eau et l’évacuaient ensuite). Pour la petite histoire, on notera que jusqu’au 19e siècle, il existait des passeurs de rues pour dames, dont le métier était de les faire passer par-dessus les immondices qui coulaient sur la rue.
Parallèlement, se développent les réseaux d’égouts parisiens, en relation avec les grands travaux de Hausmann (deuxième partie du 19e siècle). Ces travaux ont été menés de manière assez empirique, avec des égouts énormes, faisant toute la largeur de la rue ou boulevard. Il s’agit d’un réseau unitaire qui reçoit les eaux de pluie, les eaux usées, les eaux de source. Tout est rejeté en permanence au milieu naturel.
Brest se développe de la même façon, avec un réseau unitaire. Dans les années 1950-60, on vient brancher les stations d’épuration (une rive droite, et une rive gauche). A Bellevue, Lanredec et Le Bouguen sont équipés en réseau unitaire.
Quand la collectivité se rend compte que le système unitaire conduit à traiter des eaux de pluie qui n’ont pas besoin de l’être, on développe le secteur séparatif à partir des années 1960-1970. Le reste de Bellevue est alors concerné. Le système séparatif consiste à poser 2 tuyaux sous les rues : un tuyau dédié aux eaux usées, un tuyau pour les eaux de pluie. Tout ce qui est eaux pluviales va donc directement à la mer.

Le traitement des eaux : réseau unitaire et réseau séparatif

Réseau unitaire
Réseau séparatif


Dans le réseau unitaire, la pratique ne fonctionne pas comme en théorie ! En effet, quand il pleut, le réseau unitaire est débordé et les eaux pluviales et les eaux usées non traitées se retrouvent à la mer.
Dans le réseau séparatif, tout se qui tombe sur la chaussée, y compris les résidus d’hydrocarbures, de freinage, bref tout ce qui est présent dans l’atmosphère comme polluants, etc. va directement à la mer, sans compter tout ce qui est jeté dans la rue, comme les bouteilles, les canettes, les mégots.

Il y a quand même des systèmes de piégeage dans les avaloirs (bouches d’égout, bouches d’engouffrements au niveau des trottoirs) qui permettent de retenir les objets flottants comme les bouteilles et les canettes, les feuilles mortes, et de retenir en fond d’avaloir les sables ou particules qui tombent au fond. Une fois par an, chaque avaloir brestois est aspiré pour le débarrasser des ces déchets, soit 18 000 avaloirs, et dans certains cas, il est nécessaire de répéter l’opération plusieurs fois par an.


Le système séparatif marche bien en théorie. Le problème est que, dans le cas où on dispose de 2 réseaux, il y a possibilité de se tromper : des eaux de pluies provenant des toitures branchées sur le réseau d’eaux usées, ou des machines à laver branchées sur le réseau d’eaux de pluie, par exemple. Le résultat est que le réseau d’eaux usées est sensible à la pluviométrie et que le réseau d’eaux de pluie est pollué par des bactéries, même quand il ne pleut pas. Ces erreurs de branchement peuvent se repérer par des passages de caméra dans les canalisations, ce que réalisent des équipes d’Eau du Ponant toute l’année. Si l’examen de la canalisation via la caméra fait suspecter une erreur de branchement chez un particulier, un contrôle est effectué. Le particulier a alors 2 ans pour réaliser les travaux, sous peine de voir doubler sa facture d’assainissement.

Les eaux de pluie quand il pleut beaucoup. A plus long terme…

Concernant les eaux pluviales, la référence à la réalisation du réseau séparatif était la pluie décennale. Les ingénieurs de l’époque avaient pris de la marge, si bien que les références actuelles sont valides. Mais on constate que des pluies dites décennales arrivent relativement souvent. La première solution a été de poser des tuyaux plus gros, mais tout cela est coûteux et a ses limites en matière d’encombrement. De plus, on assiste au fil des années à l’urbanisation croissante, la disparition de la végétalisation, la volonté d’enterrer l’eau des ruisseaux. Le but était à l’origine de permettre aux eaux de s’évacuer très vite le plus loin possible. Ce système a donc ses limites en cas de fortes pluies.
Depuis les années 1990-2000, on revient donc à des solutions plus locales, comme la retenue provisoire de l’eau à la parcelle : sur le terrain (bassins à ciel ouvert ou enterré) ou dans une citerne d’une maison particulière, dans des bassins tampons à proximité immédiate des immeubles. Ce système permet de collecter rapidement l’eau pluviale en excédent et de la relâcher progressivement dans le milieu naturel.
Depuis 2014, c’est l’infiltration naturelle de l’eau dans le sol qui est privilégiée. Ce n’est que quand le sol ne permet pas cette infiltration qu’un bassin tampon est envisagé.
Aujourd’hui, la réflexion porte sur les capacités d’infiltration des sols pour gérer autrement les eaux pluviales. A Bellevue, il y a beaucoup d’espaces verts, entre les immeubles, par exemple. Il est tout à fait possible d’envisager de créer des zones d’infiltration sur ces espaces qui appartiennent à la Ville. L’avantage est de collecter l’eau au plus proche du lieu où elle tombe, elle n’a pas donc pas la possibilité de se charger en polluants.
Sur le réseau unitaire, Brest métropole constitue en ce moment un cadastre, de façon à voir, sur chaque parcelle, la possibilité ou non de déconnecter les réseaux et en venir donc au réseau séparatif. Les eaux pluviales seraient alors collectées temporairement dans un endroit du terrain, ce qui peut entraîner une végétation différente qui peut aussi avoir son charme. C’est l’objectif pour 2019-20, chaque parcelle sera étudiée pour connaître la capacité d’absorption du sol. Il n’est bien sûr pas question d’obliger un particulier à s’inonder lui-même et le réseau unitaire persistera pour absorber le trop-plein.

Pour l’avenir, il vaudra mieux privilégier l’absorption par le sol des eaux de pluies que de les collecter via les avaloirs d’égout. Ceci n’étant pas encore opérationnel, les habitants devraient se soucier de la qualité de l’eau de la rade en se retenant de jeter tout détritus sur la voie publique.

D’après un entretien avec Nicolas Floc’h
Responsable de la division eaux pluviales et ingénierie de l’environnement, Direction de l’écologie urbaine de Brest métropole.
Les illustrations sont issues d’un document édité par la Direction communication et Direction écologie urbaine (octobre 2017 - création graphique : www.grinette/com)