Les jeux dangereux chez les enfants de 6 à 15 ans

dimanche 2 décembre 2012
popularité : 19%

PNG - 455 ko

Il y a deux types de jeux dangereux :

  • Les jeux de non oxygénation ou de strangulation
  • Les jeux d’attaque ou d’agression
  • Les jeux de non oxygénation consistent à arrêter l’apport d’oxygène au niveau du cerveau, procurant des sensations physiques curieuses que certains recherchent.
  • Les jeux d’attaque ou d’agression. Parmi ceux-ci, il faut distinguer les jeux intentionnels où chaque enfant participant est joueur volontaire et l’agression contrainte.

Dans les jeux d’attaque ou d’agression, les enfants peuvent se faire très mal mais ces jeux sont par nature très faciles à repérer par les adultes encadrants, donc plus simple à prévenir. Il y a par exemple le petit pont massacreur, le jeu de la canette : les enfants forment un cercle, se passent un objet à ramasser ; celui qui ne le ramasse pas se fait littéralement tabasser.

Un autre type de jeu d’attaque et d’agression est celui où l’enfant est la victime et n’avait pas choisi de jouer. Par exemple, le jeu de l’anniversaire : l’enfant devient alors la victime incessante, toute la journée, le jour anniversaire.

LES JEUX DE NON OXYGÉNATION OU DE STRANGULATION

Pour les jeux de non oxygénation (jeu du foulard, jeu de la tomate, jeu de l’été indien, etc.), il s’agit d’empêcher l’apport d’oxygène au cerveau, ce qui provoque des sensations.

D’après l’enquête IPSOS (janvier 2012) menée pour le compte de l’APEAS (Association des parents d’enfants accidentés par strangulation) chez les enfants de 6 à 15 ans :

  • près de deux enfants sur trois (63%) connaissent au moins un jeu d’apnée ou d’évanouissement : parmi les 14 "jeux" testés dans cette enquête, le "jeu du foulard" (51%) et le "jeu de la tomate" (34%) sont les plus connus. C’est à l’école primaire que la plupart des enfants entendent parler de ce jeu pour la première fois, essentiellement par l’intermédiaire de leurs copains (71% de ceux qui connaissent ces jeux).
  • un enfant sur quatre a déjà vu quelqu’un jouer à ce jeu, essentiellement au sein de l’école. Ils sont encore plus nombreux (32%) à connaître quelqu’un qui y a déjà joué (qu’ils l’aient vu ou non).
  • un enfant sur dix a déjà joué à un jeu d’apnée ou d’évanouissement : cette pratique est un peu plus le fait des garçons que des filles mais concerne toutes les tranches d’âge et tous les milieux sociaux.
  • il s’agit d’une pratique collective qui a lieu pour l’essentiel à l’école : la quasi-totalité des enfants qui ont joué à des jeux d’apnée ou d’évanouissement l’ont fait avec des copains (91%), souvent plus âgés. C’est à l’école (86%) qu’ils y ont joué, essentiellement dans la cour de récréation.
  • c’est un jeu que l’on pratique pour faire comme les copains mais aussi parce qu’on le trouve drôle et attirant : les principales raisons évoquées par les enfants ayant joué à ce jeu font référence à un phénomène de mode (50% voulaient faire "comme les copains"), mais pas seulement ; 32% trouvent que ce jeu "est rigolo" et 16% y jouent -* la majorité des enfants qui jouent à ces jeux n’ont pas conscience des risques qu’ils courent : ainsi, 51% n’ont pas le sentiment qu’en jouant à ces jeux, ils risquent de mourir, 63% qu’ils risquent d’abîmer leur cerveau, 73% qu’ils peuvent convulser et 75% qu’ils risquent le handicap définitif. Seule la conscience de pouvoir s’évanouir (60%) ou de ne plus pouvoir reprendre leur souffle (59%) leur vient à l’esprit, mais c’est peut-être aussi ce qu’ils recherchent. Les conséquences graves (mort, séquelles importantes) sont quant à elles assez largement méconnues.
  • à l’inverse, les enfants qui n’ont jamais joué à ces jeux sont conscients des dangers : 82% n’y ont jamais joué car ils trouvent ce jeu "très dangereux" (c’est la principale raison invoquée) et la très grande majorité d’entre eux sait que ceux qui s’adonnent à ces pratiques risquent de mourir (93%), de faire arrêter leur cœur (84%) ou encore d’abîmer leur cerveau (76%).

Ces jeux se font davantage dans les cours d’école. Le problème est que ces jeux se pratiquent de façon discrète sur les cours d’école, dans un recoin, à l’abri des regards, avec l’aide d’un camarade.

Les parents ou les adultes ont parfois peur qu’en parlant aux enfants de ces jeux de strangulation, ils leurs mettent des idées en tête. De plus, le tabou de la mort et du suicide viennent conforter les adultes dans le fait de ne faut pas en parler.

Quels sont les signes d’alerte ? Des traces rouges autour du cou qui peuvent parfois être camouflées par un accoutrement adapté, de la fatigue, des difficultés à trouver le sommeil, des violents maux de tête à répétition, des troubles visuels, un défaut de concentration, des oublis, des absences brèves de la conscience, des questions évasives ("mais ça fait quoi quand on ne respire pas ?"). Face à ces signes d’alerte, les parents doivent essayer de savoir ce qui se passe.

Pourquoi c’est dangereux ? Parce qu’ils peuvent être mortels ou invalidants. Les décès ont lieu le plus souvent à la maison ; sans témoin, personne ne peut venir en aide et le jeu bascule vers l’accident. Les séquelles graves : neurologiques (crises d’épilepsie), oculaires et auditives.

Quels sont les enfants le plus concernés ?

Les 6-15 ans principalement.

Que faire ?

Les adultes doivent parler des ces jeux de strangulation sans tabou, sans rentrer dans les détails des jeux, mais parler des conséquences, de l’impact probable sur la qualité de vie future de ceux qui en sont victimes. Il apparaît très clairement dans l’enquête IPSOS que les enfants qui connaissent les dangers de ces jeux ne s’y adonnent pas. De la même façon qu’on explique à un enfant qu’il ne doit pas mettre un sac plastique sur sa tête sous peine d’étouffer, les jeux de strangulation peuvent être présentés par leurs conséquences néfastes, voire dramatiques. De même, les adultes doivent expliquer aux enfants que s’ils sont témoins d’un jeu de strangulation, ils doivent en parler à un adulte.

LES JEUX D’ATTAQUE OU D’AGRESSION

L’ambiance de chahut qu’ils génèrent généralement les rendent plus facilement repérables par les adultes qui peuvent intervenir. En ce sens, ils posent moins de problèmes que les jeux de strangulation. Ils sont pourtant d’une violence extrême, à la fois physique, émotive et psychologique. Si des doutes existent (bleus, vêtements déchirés ou abîmés), les adultes doivent ne pas hésiter à questionner l’enfant et lui affirmer qu’il a le droit de dire non s’il est invité à participer à ce genre de jeux. Aucun enfant n’a à être victime d’un autre. L’effet de groupe est important chez les enfants, surtout lorsqu’il y a un meneur, mais même s’il pense pouvoir braver le risque, il faut lui expliquer qu’il doit se soustraire à ces jeux d’attaque ou d’agression.

Une des facteurs expliquant de la fréquence de ces jeux chez les enfants est sans doute le message véhiculé par la télévision (séries, émissions dites de télé-réalité…), internet, où l’on voit un adulte servant de victime aux autres protagonistes. Il s’agit de mises en scène, de simulacres. Mais il faut expliquer aux enfants que dans la vraie vie, la victime n’est pas consentante.

Les adultes peuvent admettre un chahut normal mais doivent être vigilants à discerner la frontière entre pagaille et actes malintentionnés ciblant une victime dans ou hors du groupe. Certains enfants, plus faibles, sont prêts à tout pour se faire admettre du groupe. Ces jeux d’attaque ou d’agression sont graves même s’ils se cantonnent à la violence psychique (humiliation, harcèlement).

Françoise et Hubert Despré

Propos recueillis auprès de Laurence Loison-Saussol, Ligue de l’enseignement – FOL 29 Autre source : http://www.ipsos.fr/sites/default/f...