Les rives de Penfeld : une histoire de vannes

jeudi 4 octobre 2012
par  Parlons-en !
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Un peu d’histoire

À partir des années 1980, la collectivité s’est engagée activement dans un aménagement du fond d’estuaire de la Penfeld bordant l’ouest du quartier de Bellevue, visant à tirer parti des rives et de la rivière en créant un parc ouvert au public et un plan d’eau navigable. À l’époque, le lit de la rivière a donc été désenvasé, vidé des objets insolites et disparates qui y séjournaient. Une grande partie des pieux qui servaient à stocker le bois flotté utilisé par les charpentiers de marine ont été retirés. Fin 1987, les travaux de construction d’un ouvrage de régulation du niveau d’eau ont été lancés, près de la porte de l’Arrière-garde, au pont de Kervallon.

Comment cela fonctionne ?

Une entreprise assure la gestion automatisée et l’entretien de ce système de vannes pour le compte de Brest métropole océane. Le fonctionnement informatisé est assujetti au calendrier des marées édité par le service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM) pour décider de l’ouverture et la fermeture des vannes et concilier les diverses contraintes : ne pas emprisonner la faune aquatique ni en amont ni en aval, maintenir un plan d’eau rempli aux heures d’affluence du public. En complément, des capteurs mesurent les hauteurs d’eau amont et aval et le sens du courant. Il y a 3 vannes plus une, murale, qui servait à opérer une dilution des eaux issues de la station d’épuration de Bellevue avant son démantèlement.

Les grilles placées en amont des vannes interdisent le passage aux gros déchets. Une seconde série de grilles protège l’arsenal contre les intrusions de plongeurs. Les poissons passent les grilles sans encombre.

Qu’en serait-il sans ces vannes ?

Sans les vannes de Kervallon, les rives de Penfeld n’existeraient pas telles qu’on les connaît et seraient, comme par le passé, un estuaire soumis à deux marées quotidiennes. Notamment, le plan d’eau serait fréquemment vide certains jours aux heures de fréquentation, en particulier en période de vive-eau où la basse mer se produit aux abords de midi. L’ouvrage de régulation joue alors pleinement son rôle de retenue. Inversement, si le barrage était permanent, le plan d’eau deviendrait semblable à un étang et une végétation et une faune d’eau douce s’y développeraient.

Quelle relation entre les vannes et les marées ?

Comme deux marées ont lieu dans la journée, si les conditions de coefficient sont favorables, les vannes s’ouvrent et se referment automatiquement pendant la nuit le temps de permettre une vidange et un remplissage, au cours de la même marée. C’est la marche automatique. Ceci permet un échange pour les poissons, maintient une relative salinité des eaux et assure le rétablissement du niveau dans le plan d’eau pour la journée qui suit. En pratique, ce fonctionnement habituel se produit une semaine sur deux, généralement huit jours durant, c’est-à-dire lorsque le coefficient de marée devient suffisamment élevé. Inversement, lorsque les marées sont de morte-eau, aucun mouvement de vannes n’est programmé. Elles restent fermées. Le plan d’eau conserve son niveau jour et nuit.

Même si le coefficient de marée est favorable, les vannes ne s’ouvriront quoi qu’il en soit, jamais avant 18 heures (20 heures de début mars à début septembre) et seront fermées au plus tard à 9 heures. Ainsi de 9 heures à 18 ou 20 heures, le niveau optimum est assuré dans le plan d’eau.

Pourquoi le niveau d’eau du plan d’eau est-il irrégulier ?

Pourtant, le niveau diurne est loin de rester constant d’un jour à l’autre, tout promeneur assidu le constate. Plusieurs raisons en sont la cause. En premier lieu, en fonctionnement automatique, le remplissage est tributaire du coefficient des marées de vive-eau qui peut varier de 80 à 120. Généralement, une marée de vive-eau sur deux est de faible coefficient. Dans ce cas, les premiers jours du cycle de vidange, le remplissage est incomplet. Il se complète les nuits suivantes mais peut ne pas atteindre la cote habituelle, puis il redevient déficitaire en fin de cycle de cette marée. C’est un compromis volontaire entre la nécessité d’autoriser le marnage une semaine sur deux et maintenir un niveau d’eau satisfaisant. Inversement, le niveau peut dépasser la cote habituelle. Le cumul d’une marée de fort coefficient et d’une pluviosité importante peut en être la cause. Exceptionnellement, la promenade Châteaubriand ainsi que le chemin de halage au bas du parc des expositions peuvent être inondés.

Hormis cette variabilité expliquée, d’autres causes perturbent de façon irrégulière le niveau d’eau. L’ouverture ou la fermeture des vannes peut être commandée en marche forcée. Dans ce cas, c’est l’homme qui impose des mouvements de vannes. Il peut être également en marche dite « dégradée » qui est l’inverse de la marche automatique (on empêche au maximum l’eau de remonter dans le plan d’eau (cela peut être le cas lors de travaux en amont nécessitant une baisse du niveau). Des apports partiels d’eau peuvent avoir lieu si les détecteurs de niveaux d’eau enregistrent une hauteur côté arsenal plus haute que du côté plan d’eau. Il est possible aussi de vider le plan d’eau en grande partie, dans le cas de travaux à effectuer dans le lit de la Penfeld. Ce fut le cas vers 1995 lors de la pose des conduits de vapeur destinés au chauffage de l’hôpital depuis l’incinérateur du Spernot. La vidange ne peut jamais être totale, principalement en raison de l’apport permanent d’eau douce par les affluents (Penfeld, Tridour, ruisseau de Keroual, ruisseau de Pont Cabioc’h…).

Enfin, une avarie de fonctionnement des vannes peut entraîner des défauts de remplissage ou une fuite supplémentaire d’eau.

Qu’en est-il de l’avenir ?

Malgré le flux et le reflux, ou à cause de leur insuffisante fréquence, au fil des années, l’estuaire s’envase à nouveau. Les matières organiques et minérales apportées par les feuillages, le ruissellement, les alluvions des affluents ou par les activités humaines décantent progressivement et encombrent le lit. Tôt ou tard, un curage devra être envisagé.

Françoise et Hubert Despré , d’après l’entretien réalisé auprès de M. Pierre Guillou, ingénieur, division maintenance 3 – Parcs d’agglomération. Direction des espaces verts. Pôle espace public et environnement.


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